Jean-Claude LARRIEU 01/03/2017

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5 questions à Jean-Claude Larrieu.

Bayonnais natif de la rue d’Espagne, Jean-Claude Larrieu est bien connu des amateurs de football pour avoir été le gardien de l’AS Cannes en D 2 (1974-1982) et de l’équipe de France Olympique aux Jeux de Montréal en 1976. Mais c’est à la Section Pelote Basque de l’Aviron Bayonnais que Jean-Claude prend sa première licence…

 

1/ Comment vous êtes-vous dirigé vers la pelote basque ?

Tout petit, je jouais à main nue. Nous habitions avec mes parents rue d’Espagne où ceux-ci tenaient une épicerie. Nous étions voisins de la famille Bidart, les boulangers. Le père, Dominique, était un grand joueur de main nue, faisant souvent équipe avec Ximun Haran. Je me rappelle de parties acharnées dans le couloir de l’immeuble avec ses enfants.

Ces parties se poursuivaient à l’école : j’étais élève à l’école de la rue de Luc : le professeur de Sports, Monsieur Lagache, nous faisait cours dans le… cloître ! Au milieu, sur l’herbe, nous jouions au foot, et contre les murs (SIC !) nous jouions à main nue avec des balles de tennis.

Tous les jeudis (jour de repos scolaire) après-midis, avec les copains de la rue d’Espagne, Gérard Laclau  (dont le père était concierge au fronton) et Alain Bourdalès (fils du boucher), nous allions jouer au fronton du stade Saint-Léon (Aujourd’hui, Jean Dauger). Là nous rencontrions les entraîneurs de l’Aviron Bayonnais Pelote Basque : Raymond Gavel (chistera joko garbi), Louis Etcheto et Pascal Etchepare (main nue), Fredy Meilhan (pala ancha). Nous passions de très bons moments sans voir le temps passé….Le soir, mon père venait me chercher à vélo pour rentrer. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à jouer au chistera joko garbi, vers 7/8 ans. J’avais déjà vu des parties, cela m’avait plu et puis, je connaissais les frères Unhassobiscay, grands champions de chistera joko garbi de l’époque, qui étaient négociants en vins, rue Maubec, et qui venaient régulièrement à l’épicerie livrer mes parents.

A 11 ans, je signe ma première licence à l’Aviron Bayonnais, à la Section Pelote. Je jouerai de 11 ans à 26 ans au chistera joko garbi : je m’entraînais une ou deux fois par semaine, et l’été je faisais les Championnats avec mes partenaires Laclau, Bourdalès, Phellipot. Mes modèles étaient le trio Escapil-Inchauspé, Paulorena, Duhalde aux multiples titres. En parallèle, je jouais au football aussi à l’Aviron.

 

2/ La pelote, un bon complément pour le gardien de foot ?

La pelote m’a énormément servi : cela m’a permis de travailler la qualité de mes déplacements, ma souplesse et mes réflexes, à bien juger les trajectoires, à dégager à la main avec force et précision. Grâce à la pelote, j’ « avais du bras » : après 2-3 pas d’élan, je lançais le ballon de football jusqu’à 60 mètres (mesuré à Cannes). Les lendemains de match, il m’arrivait de faire mes décrassages sur le magnifique fronton de Cannes, en jouant à la pelote le dimanche matin avec des joueurs de pala locaux. Actuellement, c’est un Bayonnais, Gilbert Hégoas, ancien rugbyman à l’Aviron, qui est président du club. Mon surnom était « le Basque », en raison notamment de mes attaches avec la pelote.

 

3/ Quelques souvenirs, anecdotes, de vos « années pelote » ?

Une fois, à Tardets, je m’étais fait mal au bras, et j’ai fini la partie en changeant le gant de main, avec le bras gauche. La pelote m’a permis de travailler l’ambidextrie, ce qui était un avantage pour mon poste de gardien appelé à défendre les 4 coins de mon but.

J’ai souvenir du fronton Saint-Léon , un « monument » pour moi, plein de spectateurs,  où je voyais évoluer les plus grands : à grand chistera (Loustaudine, Marmouyet, Bichendaritz, Hirigoyen, Hourçourigaray,…), au rebot les dimanches matins ou à chistera joko garbi (avec les frères Unhassobiscay, et l’équipe Escapil-Paulorena-Duhalde).

Un souvenir bien plus récent concerne la réception de l’équipe de France de football U 19 qui était en stage sur la Côte Basque il y a quelques années. Nous avions pu assister à une partie de cesta punta et une de paleta cuir trinquet.  Les joueurs, issus de tout le territoire, ne connaissaient pas forcément la pelote basque : ils avaient pu même s’essayer à la discipline du gant d’osier : le gardien de but s’était assommé en tentant un geste improbable au-dessus de sa tête pour tenter de rattraper la pelote !

J’ai conservé beaucoup d’amis dans le milieu de la pelote comme Kiki Lagourgue, Jean-Pierre Perret ou Jean-Pierre Althuzarra, que j’ai plaisir à revoir.

 

4/ Le pilotari bayonnais devenu gardien de football professionnel de l’A S Cannes…

En parallèle avec la pelote, je jouais donc au foot : avec les copains, à l’école, dans le cloître, lors des compétitions scolaires organisées par le frère Lucien Partié quand j’étais au collège Saint Bernard, à l’Aviron, un an après ma licence pelote.

Jusqu’en cadet, j’étais avant-centre. Un jour, contre l’Arin, notre goal se fracture le nez : il n’y a pas à ce moment-là de remplacement autorisé : je me dévoue, je le remplace et ce sera dorénavant ma place dans l’équipe.

A 16 ans, je deviens titulaire dans les buts de l’équipe première de l’Aviron Bayonnais. Notre club est amateur et oscille entre la D 3 et la D 4 à l’époque. Tous les joueurs ont un emploi à côté (je travaille à la CPAM de Bayonne). En 1973, nous faisons un bon parcours en Coupe de France en atteignant les 16ème   contre Cannes, club professionnel de D 2. Il faut dire que nous avions de bons joueurs dans l’équipe, dont les jeunes Jean-Louis Cazes et Raymond Camus qui deviendront par la suite professionnels. A l’aller, sur la pelouse du stade de rugby Saint-Léon (aujourd’hui, Jean Dauger), nous faisons 0-0. Au retour, nous ne sommes éliminés qu’en prolongation, à 3 minutes de leur terme. Mes prestations ont apparemment séduit les dirigeants de Cannes (ndlr : Jean-Claude a été héroïque, écoeurant véritablement les attaquants cannois) car, après le match, un cadeau m’attend à l’hôtel : un élégant ensemble de bureau avec buvard, sous-main, calendrier,…. Le président local souhaite ma venue dans son club : je suis très réticent, d’autant plus que j’ai 28 ans, que je suis « installé » à Bayonne avec un emploi stable. Quelques mois après, les dirigeants cannois reviennent à la charge : je me laisse séduire par le projet du Club (Cannes est un club solide de  D 2 et ambitionne de monter en première division.) et la perspective de devenir semi-professionnel car j’obtiens une mutation à la CPAM locale.

Dès 1974, je deviens le gardien titulaire dans une équipe qui joue les premiers rôles en D 2. Nous échouerons plusieurs fois aux portes de la D 1 : à l’époque, un seul club accédait à l’échelon supérieur : nous finissons plusieurs fois 2e, 3e, mais jamais premier ! C’est le grand regret de ma carrière, de n’avoir pu jouer en D 1 avec les meilleurs. Une année, ce n’est pas passé bien loin : nous sommes premiers à 3 journées de la fin du Championnat. Nous rencontrons à domicile Tours, que nous avons battu 7 à 0 au match aller. Nous perdons 0-1 …Tours se sauve de la descente et nous prive de la montée mais il reste encore un espoir… : le match n’a pas pu aller à son terme en raison d’une malencontreuse (ou heureuse ?) coupure d’électricité. Une enquête fédérale est diligentée, les conclusions du rapport de l’EDF ne tardent pas pour aider à statuer sur l’éventualité du report de la partie. Les agents de l’EDF écartent la responsabilité de leur entreprise en précisant qu’ils ont  retrouvé une paire de pinces coupantes oubliée dans le boitier électrique…Le match ne sera pas rejoué ! Bien des années après (30 ans) , j’ai retrouvé à Bayonne notre « bourreau », le très bon numéro 10, buteur de Tours : il s’agit de Jacques Mannic, médecin depuis plus de 10 ans de l’équipe de rugby professionnelle de l’Aviron Bayonnais !

Ma carrière à l’AS Cannes dure de 1974 à 1982. Puis, je continue plusieurs années à jouer encore au football en disputant le Championnat de France des Entreprises : j’avais été embauché, comme d’autres anciens professionnels, par notre président de club dans sa société. Plusieurs années consécutives, nous sommes Champions de France ; en 1984, je suis même Champion d’Europe Corpo avec l’équipe de France dont je suis le capitaine. Je reste ensuite vivre et travailler dans la région cannoise.

Je reviens habiter à Bayonne en 2004. Je suis de retour dans mon club de cœur (avec l’AS Cannes) qui m’a vu naître et me verra mourir. Après plusieurs années à la Section Football, je me rapproche de la Section Pelote Basque du Club pour y faire du bénévolat. Mais je n’ai pas complètement délaissé le football, mon autre passion, car je m’occupe , dans le cadre du Sport adapté, du Foot ouvert aux déficients mentaux. J’ entraîne les gardiens de but de l ‘Equipe des POTTOKS de Bayonne et de la sélection de la ligue d’Aquitaine,  ce qui m’a fait découvrir un monde tout à fait spécial et oh combien attachant. Je suis aussi investi dans les instances sportives puisque je suis vice-président du District des Pyrénées Atlantiques de Football au côté de son président, Monsieur Jean Michel LARQUE.

 

 

5/ Le rêve olympique…

En 1974, j’obtiens ma première sélection avec l’équipe de France de football amateur contre la RFA. Après d’autres capes, je dispute le tournoi pré-olympique qualificatif pour les JO de 1976 à Montréal. Nous devons sortir premier de notre poule pour nous qualifier. Ce sont des matches aller/retour qui nous opposent aux Pays-Bas et à la Roumanie, adversaire le plus coriace.

Le match décisif se déroule en Roumanie. A l’aller, nous les battons 4 à 0. Le match  retour se déroule devant 55 000 personnes et est retransmis en direct sur la deuxième chaîne nationale française avec les journalistes Thierry Roland et Bernard Père aux micros. A l’époque, dans les pays de l’Est, le sport occupe une place très importante dans la politique de l’Etat. Nous sommes menés 1 / 0 au bout de quelques minutes. La pression est très forte, nous tenons le résultat jusqu’à la mi-temps. Au retour des vestiaires, un pénalty est sifflé pour les Roumains. La situation se complique. Georgescu se prépare : c’est leur meilleur joueur, soulier d’or France Football (meilleur buteur des Championnats européens). Je vais chercher le ballon qui se trouve derrière mes buts, contre le pliant du célèbre photographe André Lecoq de l’Equipe. Je m’aperçois qu’une pierre traîne à côté. Dans le mouvement, je prends les deux : la pierre va me servir à caler discrètement le ballon que je mets en place au point de penalty. Georgescu ne prend pas la peine d’ajuster son ballon. L’arbitre siffle, il s’élance, frappe et le ballon s’élève en heurtant la pierre, passant au-dessus de ma barre transversale ! …

Nous irons aux J O !!

J’ai vécu une formidable aventure sportive et humaine à Montréal : participer à un événement sportif considérable, côtoyer en équipe de France des joueurs de grand talent (Jean Fernandez, Eric Pécout, Patrick Battiston,  Francisco Rubio, Jean-Marc Schaer, Loic Amisse, Michel Platini, Olivier Rouyer…),  pouvoir assister aux autres  compétitions, rencontrer et échanger avec d’autres sportifs (Abada, Tracanelli, Rougé, Trentin, Morelon, Koch, et bien d’autres…) au village olympique. Tout cela dans une ambiance un peu spéciale : ces JO arrivaient après ceux de Munich et le drame qui s’y était déroulé : les autorités canadiennes avaient pris des mesures policières spectaculaires.

J’étais présent dans les tribunes à la finale du 110 mètres haies remportée par Guy Drut. Je l’avais rencontré la veille : il était venu s’entraînait avec nous, en guise de dérivatif avant le grand jour. Je lui avais offert mon maillot d’entraînement floqué du numéro 13 en guise de porte-bonheur… Vingt après, alors qu’il était devenu Ministre des Sports, en visite officielle à Menton (où je travaillais dans le service municipal des sports), il me reconnaît après avoir serré plusieurs mains à la réception de l’hôtel de ville, et me rappelle ce souvenir fabuleux de 1976 en m’indiquant qu’il a toujours conservé chez lui le maillot offert.

Pour ce qui concerne notre compétition, le tournoi se passe bien (nous sortons premiers de notre poule) jusqu’au ¼ de finale contre la RDA (futur vainqueur de la compétition) où nous sommes éliminés : la rencontre se passe mal, nous avons deux expulsés (Jean Fernandez et Rubio) à la 56e minute, ce qui nous handicape lourdement. L’arbitre italien n’est pas « tendre » avec nous. Nous sommes révoltés contre ce qui nous semble une injustice : un arbitrage partial, des expulsions injustes ! Michel Platini, un jeune « prometteur »…, manque lui-aussi de se faire expulser. Dans la confusion qui s’en suit, l’arbitre laisse tomber son carton rouge que je m’empresse de récupérer  et garder au fond de ma poche… Finalement, Michel n’est pas expulsé, faute de matériel, et je rapporte en France pleins de merveilleux souvenirs dont le carton rouge que j’ai toujours gardé et mis dans un cadre chez moi !