Peyo GODRIE 01/06/2017

photo kiniela Peyo Godrie juin 2017

5 questions à Peyo Godrie,

joueur de chistera joko garbi à l’Aviron Bayonnais depuis l’école de pelote, et au parcours sportif jalonné par de nombreux titres dans les catégories de Jeunes et Seniors.

 

 

1/ Comment as-tu débuté à la pelote ?

 

C’est mon grand-père maternel, Jean-Louis Darmagnacq qui m’a amené à la pelote. Il avait joué à l’Aviron, au rugby et à la pelote à main nue. Jusqu’à près de 75 ans, il continuait de jouer à pala ancha. Il avait envie que je joue à main nue , mais comme les horaires d’entraînement ne correspondaient pas à mes disponibilités, j’ai débuté à chistera joko garbi dès l’âge de 6 ans. Mes entraîneurs étaient Pierre Gassuan (1ère année), Raymond Gavel et  François Unhassobiscay (en poussins, benjamins, minimes), Beñat Sedes (en cadets).

Mes coéquipiers étaient Mathieu Etchart, Joël Sistiague.

 

 

2/ Pratiquais-tu d’autres spécialités ou d’autres sports ?

 

Vers l’âge de 17 ans, je me suis essayé aussi à paleta cuir /corta avec Roland Dufourg et Jean-Marc Bonnet comme entraîneurs et Denis Bidegain et Anthony Bonnet comme partenaires. Je ne jouais pas au xare ; selon les conseils de François Unhassobiscay, cela dénaturait le geste.Je faisais aussi en parallèle d’autres sports : basket, surf, course en montagne, rugby un peu. J’aime beaucoup comprendre le sport particulièrement dans sa dimension technique, arriver à disséquer les gestes. Cela m’a conduit naturellement à devenir Professeur d’EPS.

 

 

3/ Quels sont les souvenirs marquants de ta carrière sportive ?

 

Il y en a eu plus de bons que de mauvais, mais je commencerais par un mauvais car il m’a marqué lors de mes débuts en compétition. En poussins, nous (avec Joël et Mathieu) perdons la finale du Championnat de France lors de la Grande Semaine à Saint-Jean-de-Luz en lever de rideau de la finale de grand chistera, par 39 à 40 ! Devant tant de monde en plein mois d’août sur la Côte basque, avec l’enjeu d’une première finale, la charge émotionnelle est intense, particulièrement quand on est petit. Une succession de buts en chandelle (on jouait en nocturne et la lumière des projecteurs rajoutait à la difficulté) vers la fin de la partie, nous est fatale. La déception fut d’autant plus grande que nous avions remporté le titre en Ligue du Pays basque et que nous avions mené de 15 points durant la partie. Cette défaite m’a tellement marqué qu’il m’arrive d’en reparler encore aujourd’hui quand je croise le buteur adverse d’Hardoy, « spécialiste de la chandelle ».

Mais je retiens surtout tous les bons moments que j’ai vécus grâce à la pelote.

Comme le premier titre seniors en 2ème série, en 1999 avec les frères Etchart (Mathieu et Sébastien). C’est notre première année dans la catégorie et nous devenons Champions de France 45/44 contre Saint Palais. Je me souviens particulièrement de cette remise des médailles durant laquelle Mathieu offre sa médaille à son grand-père, gravement malade, venu assister à la finale en fauteuil roulant, et qui avait joué un rôle central dans leur parcours de pelotaris puisqu’il les avait initiés à ce sport, et les suivait sur tous les frontons depuis leur début.

Le premier titre en 1ère série en 2006, avec Ximun Destaillac et Sébastien Etchart est aussi marquant.

Je trouve le plaisir du jeu (avec moins de pression) lors du traditionnel tournoi d’été de Saint Palais auquel je participe depuis une quinzaine d’années, devant des tribunes remplies, avec des partenaires que j’apprécie et que je retrouve au club : Eneko Sarratia et Bruno Irachabal.

Et puis je ne peux oublier au club, les bons moments de convivialité du mercredi après-midi quand je jouais dans les catégories de jeunes : des entraînements sur des frontons remplis de joueurs, qui se finissaient par le traditionnel goûter sous les tribunes.

 

 

4/ Peux-tu nous parler de la méthode d’apprentissage du chistera joko garbi de François Unhassobiscay ?

 

Les entraînements techniques étaient très exigeants ; nous passions du temps avant de pouvoir disputer quelques échanges ou parties. Nous devions décomposer les gestes de façon très minutieuse : nous travaillions sur des exercices très variés, avec des medicine ball, des élastiques, des lignes tracées au sol pour matérialiser les trajectoires de la pelote et la position des pieds. Ainsi, par exemple, un exercice consistait à travailler la flexibilité du poignet, un autre le geste de réception-renvoi  pour utiliser le premier 1/3 du gant, zone obligatoire de jeu : il fallait lancer la pelote en l’air, la réceptionner et la relancer dans le même geste, en parcourant les 100 m du fronton, sans faire tomber la pelote  ! C’était un travail individuel ici vertical, qui correspondait au travail horizontal dans le jeu. Et il fallait avoir réussi l’exercice pour passer à une autre étape. Sinon, il nous faisait décomposer le geste et ses étapes pour nous montrer où était notre erreur. Car François Unhassobiscay nous avait remis à tous un texte (plastifié pour ne pas qu’il s’abîme) où étaient récapitulées les étapes obligatoires pour réaliser le bon geste : nous devions avoir ces principes de base toujours en tête. Il était passionné de technique et très perfectionniste : il pouvait venir avec la première page d’un Pilota (ndlr : revue officielle de la FFPB) pour nous montrer l’image modèle d’un geste parfaitement réalisé qu’il décortiquait dans les moindres détails : action du bassin, position de l’épaule, des pieds, de la main en fin de geste en corrélation avec le regard du joueur,  avec une pastille rouge collée sur chaque articulation. Ainsi, il alliait dans ses démonstrations le son et l’image. Nous devions connaître aussi la date de construction de tous les frontons du Pays basque où on jouait (il nous interrogeait là-dessus) : cela prouvait qu’on tapait bien au kasko. (ndlr : sommet du fronton). Nous avions un bonus de point si durant l’échange notre pelote touchait le « 4 » de « 1948 » au fronton de l’Aviron.

Il passait beaucoup de temps avec nous : personne n’était oublié ou délaissé.

On passait des heures à travailler les buts, tous les buts possibles et imaginables. Il y avait une réflexion, une grande logique dans tout ce qu’il nous faisait faire : on mettait du temps à véritablement jouer, les entraînements pouvaient être rudes, il n’avait pas un caractère très facile, souple, mais c’était très formateur.

 

 

5/ Des personnes t’ont marqué dans le milieu de la pelote ?

 

D’abord , une équipe de chistera joko garbi qui a survolé sa génération dans les catégories de Jeunes : Mattin Cellan, Peio Sanglar, Antton Lans de la Goïzeko Izarra de Saint-Jean-Pied-de-Port. Ils étaient très forts, très complémentaires, très agréables à voir jouer : chacun avait une très belle technique, une gestuelle fluide.

Mes entraîneurs à l’Aviron m’ont aussi beaucoup marqué. Monsieur Gavel chez les Petits, François Unhassobiscay excellent technicien au caractère intransigeant , et Beñat Sedes plus protecteur. Ils m’ont construit, façonné. Les excellents résultats que nous obtenions en chistera joko garbi, particulièrement dans les catégories de Jeunes s’expliquaient en grande partie par la qualité de la technique enseignée par François Unhassobiscay et Beñat Sedes.