Pierre DUHAU 01/05/2016

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5 questions à Pierre Duhau, joueur de main nue issu de l’école de pelote de l’Aviron Bayonnais, champion en trinquet et place libre ainsi qu’au rebot, devenu Indépendant.

 

1/ Comment as-tu commencé la pelote basque ?

J’ai débuté la pelote vers l’âge de 7 ans, à l’école primaire de Villefranque pendant les récréations : on jouait avec des balles de tennis ou tout ce qui nous tombait sous la main sous le préau aménagé. Monsieur Sabalo, notre instituteur passionné de pelote, par ailleurs dirigeant et entraîneur du club local, nous encourageait. C’est logiquement que j’ai intégré le club de pelote basque du village pour jouer exclusivement à main nue : je n’avais pas le droit de jouer à pala, “… cela te modifiera le geste.” Je jouerai à main nue sur les trois aires : fronton place libre, trinquet et mur à gauche avec une prédisposition pour le tête à tête. J’ai aussi été le buteur d’une des deux équipes de rebot de l’Aviron Bayonnais qui ont régné sur la spécialité pendant une quinzaine d’années (années 80-90). C’est en minimes que j’intègre naturellement l’école de pelote de l’Aviron Bayonnais, club de cœur auquel je resterai fidèle tout au long de ma carrière et avec lequel je vivrai d’intenses émotions.

 

2/ La pelote, un héritage familial fort ?

Oui, “je suis tombé dans le chaudron à ma naissance.” Ma famille, durant 3 générations, de 1860 à 1959, a tenu le trinquet Saint André à Bayonne, haut-lieu de la pelote. Papa jouait à pala ancha et à cuir trinquet; il a été champion de France, a obtenu des sélections nationales, puis est devenu entraîneur de l’équipe de France de cette dernière discipline . Je le suivais depuis tout petit aux entraînements, lors des rencontres internationales France /Espagne . J’ai un souvenir très fort, émerveillé, du Mondial 1978 à Biarritz au cours duquel je découvris les légendes de la spécialité de paleta cuir trinquet : les Argentins Bizzozero et Leyenda, les Uruguayens Bernal et Iroldi, le Français Charlot Sallaberry,…

Maman, joueuse de pala ancha, s’occupait de l’intendance : elle nous amenait aux entraînements. A l’époque, le trinquet le plus proche de la maison était au Bas-Cambo ; il est arrivé de nous retrouver en route pour l’entraînement à 10 dans la 2CV familiale !

 

 

3/ Quels sont tes meilleurs souvenirs ?

 

La Grande Semaine des Sports Basques de 1989 : j’ai réussi avec mes coéquipiers à me qualifier pour la partie d’Ouverture à rebot, et la partie de Clôture à main nue par équipe en fronton sous les couleurs de l’Aviron ; deux rendez-vous très forts parmi les plus importants de la saison en fronton. J’ai 22 ans, ce sont des moments inoubliables.

La finale rebot se passe à Bayonne devant 3 500 spectateurs dont le Ministre des Sports de l’époque, Roger Bambuck. Nous battons la Noizbait d’Hasparren. La finale main nue se déroule à Saint-Jean-Pied-de-Port en nocturne pour la première fois. Avec Jean-Pierre Harcaut, nous affrontons l’équipe locale, Kotabarren-René Muscarditz. Nous perdons 30 à 22. J’ai souvenir d’une partie difficile avec une main abimée (en demi-finale) ; pas moins de 8 pasa au but (à 30 mètres ) pour Muscarditz et 7 pour moi. Là encore, un fronton rempli de spectateurs avec la présence de Nelson Paillou, Président du Comité National Olympique et Sportif Français. Lors de la réception d’après-partie, il prend la parole, se faisant le chantre des valeurs du sport amateur. A un moment du discours, il me prend la main , noire et gonflée d’hématomes, et la brandit à l’assemblée pour appuyer son propos !

Je retiens aussi les titres de Champion de France (et de Ligue) : j’ai le bonheur d’en avoir remporté 10, pour 16 finales disputées (à main nue par équipe en fronton et trinquet, et rebot), toutes pour l’Aviron bien entendu !

En 1994, je passe Indépendant (Je pense être le seul joueur de main nue issu de l’école de pelote de l’Aviron à avoir atteint ce rang.), moment important aussi.

J’ai aussi vécu deux expériences fortes à l’International. La tournée en Californie de joueurs de main nue : la découverte du pays associée à l’accueil chaleureux de la communauté basque reste un bon souvenir. Et puis, il y a le tournoi international en 1999 au trinquet de Tulyehualco au Mexique (agglomération de Mexico, zone de Xochimilco), qui regroupait les sélections de Cuba, Espagne, Mexique et France (Jean-Louis Fontan, actuel dirigeant de l’ Aviron, Alain Heguiabehere et moi) . Nous sommes sur la terre des champions mexicains. La compétition a été créée pour rendre hommage à un pilotari, héros local, Horacio Zaldaña, disparu tragiquement quelques mois auparavant, ce qui ajoute encore de l’importance à l’événement pour les aficionados locaux. La ferveur du public est incroyable : faute de places suffisantes dans les gradins bondés qui “bougent” à la fin de chaque point…, des spectateurs se sont accrochés au grillage, d’autres ont carrément escaladé l’édifice et se retrouvent sur le toit du trinquet au-dessus de moi pendant les parties. Je n’avais jamais connu une telle ambiance dans un trinquet ! La compétition tête à tête se déroule à merveille : je bats en demi-finale Alfredo Zea “el Bionico” , et en finale, je remporte le titre devant le maître du lieu, le champion Pedro Santa Maria. L’émotion est à son comble quand j’entends résonner la Marseillaise pour moi tout seul lors de la remise des trophées.

 

 

 

4/ As-tu des regrets dans ta carrière de pelotari ?

 

Oui, quelques uns et notamment des rendez-vous manqués avec les sélections nationales.

En 1988, ce sont les Championnats du Monde Espoirs à Biarritz. Tout se présente bien… Je suis Champion de France en Juniors Trinquet avec l’Aviron (associé à Daniel Borda). Malheureusement, durant la phase de sélection, je me blesse gravement au bras au cours d’un accident domestique. Je ne peux défendre mes chances.

En 1990, ce sont les Championnats du Monde à Cuba, mais j’ai dû me faire opérer de la main et rester un an sans jouer…

1992, les Jeux Olympiques à Barcelone, la pelote est invitée en sport de démonstration: je suis débarrassé de mes problèmes physiques mais j’échoue aux portes de la sélection comme remplaçant de l’équipe de France de main nue trinquet ; je regarderai avec beaucoup de regrets les Jeux depuis Bayonne, devant ma télé…

En 1994, dernière possibilité : avant de passer Indépendant, je tente ma chance pour intégrer la sélection française aux Championnats du Monde qui se déroulent à Saint-Jean-de-Luz mais je ne suis pas pris. J’ai moins de regrets car j’ai pu défendre normalement mes chances.

 

 

 

5/ Durant ta carrière, tu as croisé des personnes qui t’ont marqué …

Oui, ce fut riche en rencontres.

D’abord, à l’Aviron. Mes années de 17 à 22 ans sont mes plus belles années de pelotari. Max Duguet, était un très grand président : il avait une grande personnalité, il alliait charisme et élégance. Il savait réunir toutes les générations, les anciens, les jeunes, nous étions une grande famille et j’insiste sur cette notion. Cela m’a particulièrement marqué. Il y avait aussi Monsieur Raymond Gavel : toujours le bon conseil, jamais un mot plus haut que l’autre. Je me souviens de sa patience, de sa grande humilité. Jean-Pierre Paulorena était un entraîneur très disponible s’appuyant sur une grande expérience. Parmi les manistes, Jeannot Goutenègre avait le coeur sur la main. Partenaire d’entraînement avec Urrutigaray, ils étaient très attentifs, toujours de bons conseils et prêts à aider le jeune que j’étais.

Parmi les joueurs. Michel Etcheverry, le buteur, et l’équipe de rebot des “anciens” ( la science du jeu à tous les postes : Mautalen, Prat, Sedes M, Paluat, Etcheverry), ainsi que mes coéquipiers de l’équipe des “jeunes”(Sedes B, Duprat,Guillemin,Haramboure et moi) et ce souvenir mémorable de la finale perdue à Tardets 12 à 13 !

Dans le monde de la main nue j’ai un modèle : Manu Martiarena : un surdoué doté d’une grande technique, mettant la pelote où il voulait. J’ai le souvenir d’une finale Championnat de France tête à tête Indépendants contre Jean-Philippe Bideondo : on avait vu ce jour-là tout ce qui peut se faire en trinquet ! Manu est du même village que moi ; ainsi, jeune, j’ai eu la chance de m’entraîner avec lui au fronton et de profiter de ses conseils avisés : il m’a influencé “à taper la volée a pugno”.

Il y a aussi Jeannot Ibarra de Larressore. Parti à 20 ans tenter l’aventure comme jardinier aux Etats-Unis, je l’ai rencontré lors d’une tournée en Californie où se mélangeaient parties de pelote et pic-nics, rendez-vous incontournables de la communauté basque expatriée. C’était un Pelotazale connu de tous les joueurs pour sa gentillesse, un amoureux de la vie associant gastronomie et pelote. J’avais grand plaisir à le rencontrer dès qu’il revenait au pays pour des vacances, ou à Chino où il m’a reçu chez lui, le cœur sur la main.